JOUR 232: C'EST UNE DROLE DE COINCIDENCE
Il s'est passé un truc de magique aux Etats-Unis au mois de mai, au moment où nous avons conçu la mini-crevette. Des ondes sensuelles. Un climat particulier. Un triangle des Bermudes à l'envers. Un rayon de bonheur. Des étincelles contagieuses. Je vous ai pas raconté ?
Voici donc ce petit conte de presque Noël.
Un matin d'avril, après de longues périodes de travail, Laura et Adam quittèrent la France pour des vacances bien méritées.
De l'autre côté de l'Atlantique, après un voyage extrêmement périlleux, ils furent recueillis par leurs amis Clotilde et Jason, chez qui ils passèrent quelques jours.
Ensuite, ils traversèrent la baie afin de rejoindre d'autres amis, Andrew et Annabelle, ainsi que le tout jeune Joshua, leur premier enfant. Ensemble, ils dînèrent dans des restaurants sympathiques de la ville.
Pour finir, Laura et Adam retrouvèrent Pierre et Eileen au sein de la Napa Valley. Ensemble, ils visitèrent les environs et découvrirent la gastronomie de la vallée du vin californien.
Dès leur retour, nos héros se rendirent au mariage de Caroline -la cousine de Laura- et Jérôme. Ce fut un beau printemps.
Laura était enceinte. Puis l'été arriva.
Andrew fut le premier. Lorsque Adam lui dit qu'ils avaient suivi son exemple – avoir un enfant-, il répondit que pour vraiment suivre l'exemple, il faudrait que Laura retombe enceinte juste après la naissance...
« Félicitations » répondit Adam.
« Pareil pour vous » dit Andrew. C'était vraiment une drôle de coïncidence, pensa Adam.
Quelques jours plus tard, Pierre annonça à Laura qu'ils avaient entamé des démarches en vue d'une adoption.
« Félicitations », répondit Laura, tout en pensant que c'était vraiment une drôle de coïncidence.
Deux mois après leur mariage, au beau milieu de l'été, Caroline et Jérôme annoncèrent à leur tour qu'un heureux événement était prévu pour l'année suivante.
« Incroyable », dit Laura à Adam, « dire que Caroline et moi avons six mois de différence, et que nos enfants en auront trois... ». « C'est vraiment une drôle de coïncidence ».
Un soir d'automne, alors qu'Adam était au travail devant son ordinateur, un son signala l'arrivée d'un message en direct. C'était Clotilde.
« Bonjour Adam » elle disait.
« Tu sais ce qui se passe fin mai de l'année prochaine ? ». Aussitôt Adam pensa que Jason avait demandé Clotilde en mariage.
« Fin mai – début juin... » précisa Clotilde.
« C'est pas vrai ? » répondit Adam.
« Et si ».
Décidément, Adam et Laura ne pouvaient plus croire aux coïncidences. Non seulement eux, mais tous les amis qu'ils avaient vus pendant leurs vacances allaient devenir parents en 2007. Et à l'exception d'Andrew et Annabelle, tous pour la première fois.
Et puis, tous s'apprêtaient à avoir une fille ! Adam et Laura : une fille. Andrew et Annabelle : une fille. Pierre et Eileen : une fille. Caroline et Jérôme : une fille. Clotilde et Jason : une fille.
Qu'avait-il bien pu se passer dans la vie d'Adam, de Laura et de tous leurs amis au cours de ce printemps si particulier ? Nul ne le sera sans doute jamais. Mais le voilà, le miracle de la vie. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.
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JOUR 212: LA CRECHE
Au niveau de la crèche, je savais que ça allait être serré. Comment je le savais ? Parce que tout le monde m'avait prévenu. « Vous avez intérêt à vous y prendre dès maintenant »avait murmuré le test de grossesse.
Ni une ni deux, j'avais décroché mon téléphone et appelé la mairie pour savoir comment il fallait qu'on fasse.
« Bonjour », je dis à la dame, « ma femme est enceinte, alors comment on fait pour la crèche ? ».
« L'accouchement est prévu pour quand ?» me demande le service de la petite enfance de ma ville.
« Dans 8 mois ».
« Oh là, vous avez le temps. Rappelez-nous dans 3 mois, on vous convoquera à une réunion ».
Du coup, c'est E. qui appelle trois mois plus tard. On ne sait jamais, des fois qu'ils me reconnaissent.
« Josianne, c'est le frappadingue de la dernière fois, celui qui a appelé le lendemain de la conception, je lui dis qu'on est complet ? »
Alors, du coup, Josianne elle dit qu'il y a une réunion d'information le mois prochain. Et elle nous envoie une lettre. Bon. De notre côté, on sera au sixième mois mais qu'à cela ne tienne, il ne vaut mieux pas paniquer.
Rendez-vous donc un samedi froid, à 9h30 du matin. On est motivés comme des brutes. Pas question d'arriver en retard. Josianne prend nos noms et nous invite à nous asseoir en compagnie des futurs parents déjà arrivés.
Les femmes sont rondes et les hommes ont des petits yeux. Normal, ils ont du sacrifier une de leur dernière grasse matinée avant l'arrivée de la tornade. Moi, je ne peux pas m'empêcher de penser que dans le lot, si ça se trouve, il y en a qui vont piquer la place de ma fille.
Du coup je me suis assis au deuxième rang. Faillot mais pas trop.
A 9h40, Simone, la copine de Josianne, commence.
Et tant pis pour les retardataires. Au tapis ! Allez hop, privés de crèche. Simone nous explique les différents modes de garde : la garde collective, l'accueil familial, les assistantes maternelles, la crèche parentale, les établissements divers et la garde «débrouille-toi-tout-seul ».
Pour vous la faire courte, la garde collective, ce sont les crèches, l'accueil familial, ce sont des assistantes maternelles qui gardent 3 à 4 enfants à leur domicile, les assistantes maternelles, c'est les nounous, la crèche parentale, c'est un établissement créé par des parents, les établissements divers j'ai pas vraiment compris et la garde « débrouille-toi-tout-seul », c'est mes parents. Ou ceux de ma femme.
Evidemment, on a tous une préférence pour la crèche. Pour l'instant. Mais voilà, bien sûr, il n'y aura pas de place pour tout le monde. Dans toutes les crèches de la ville, il y a 250 places.
« Pardon Madame, il y a combien de naissances par an dans la ville ? » demande une future maman.
« Environ 200 » dit Simone.
On est rassurés pendant 30 secondes, avant qu'elle n'ajoute :
« Mais les enfants restent en moyenne 3 ans en crèche... ».
Pas besoin d'être Einstein pour comprendre qu'avec ce taux de reproduction, il faudrait 3 fois plus de places en crèche, soit 600.
Ce n'est pas aussi simple Albert. Car tous les enfants ne vont pas en crèche. Il y a encore des mamans qui ne travaillent pas et qui gardent leur petit bout. Et puis il y a des familles qui déménagent et qui libèrent des places. Et puis il y a des familles qui emménagent.
Et puis aussi, il y a la règle des trois huit. Tout comme. J'explique : 200 places en crèche, ça ne veut pas dire 200 enfants. En fait 200 places, ça veut dire 200 fois la capacité d'accueillir un enfant 50 heures par semaine. Donc 10 000 heures par semaine.
Or les parents peuvent choisir le nombre de jours par semaine. Voire même de demi-journées. Un enfant peut aller à la crèche le lundi toute la journée, le mardi matin, pas le mercredi, tout le jeudi, le vendredi matin et pas le vendredi après-midi. Un autre pourra donc aller le mardi après-midi, le mercredi toute la journée et le vendredi après-midi.
Je les imagine à la mairie avec un immense tableau, les 5 crèches de la ville, et les cases à remplir. Ils doivent pas se marrer pour faire rentrer les enfants dans les cases.
Evidemment, on nous précise qu'il n'est pas question de répartir un enfant sur 5 crèches... Ça serait trop compliqué.
Tu m'étonnes Simone !!! Au bout d'une heure, on est tous dans les starting blocks pour inscrire nos progénitures, en attendant le coup de feu de Josianne pour le départ. J'ai les baskets qui chauffent.
« Laissez-moi vous expliquer comment ça se passe » dit Simone.
« Vous avez le week-end pour remplir les dossiers, choisir les établissements qui vous conviennent et l'ordre de préférence, le nombre de jours pendant lesquels vous voulez faire garder l'enfant si vous choisissez la crèche, à partir de mardi, vous déposez les dossiers en mairie, dans 8 mois, le conseil se réunit et attribue les places. Vous y êtes tant mieux, vous n'y êtes pas, il y a une liste d'attente. Ah, et aussi, pas la peine de faire des courbettes au Maire ou d'inviter les directrices de crèche à l'Ile Maurice, le système est infaillible, il n'y a pas de passe-droit ».
« Ah et aussi, on ne dit plus une crèche mais un établissement d'accueil collectif ».
« Ah, et aussi, au niveau du coût de la crèche, on détermine le prix à payer en fonction de votre salaire. Si vous êtes riches c'est le tarif maximum, si vous êtes pauvres, c'est le tarif minimum. Si vous êtes entre les deux, c'est le maximum quand même. Des questions ? ».
L'assistance a blêmi... Tout ça de mauvaises nouvelles en une phrase, ça fait beaucoup quand même. Ma voisine lève la main. Elle ose.
« Euh, si le Conseil se réunit dans 8 mois, ça veut dire quoi pour les délais ? ». Elle a raison la voisine, parce que dans 8 mois, nos petits bouts ils auront déjà 6 mois...
« Ah ben de toutes façons, avec des naissances en début d'année, c'est pas de place avant la rentrée d'après, c'est comme ça, c'est partout pareil ».
Voilà un truc qu'on n'avait pas prévu : planifier la conception de l'enfant en fonction de la rentrée scolaire. Allez, on le saura pour la prochaine fois...
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JOUR 209: L'EDUCATION MUSICALE (VIDEO)
C'est important l'éducation musicale. Il y a des futurs parents qui veulent que leurs gamins soient footballeurs, danseuses étoile, numéro un mondiale de tennis ou star academicienne. Moi je me dis que lui apprendre le solfège dès maintenant, ça ne peut être que positif. Imaginez qu'elle sorte du ventre de sa mère et que son premier cri est un Do... Et la nuit après elle pleure, mais au moins elle est accordée...JOUR 205: LA POUSSETTE CASSE TETE
Ca y est, on a choisi notre marque de poussette. On va acheter une poussette de la marque « CASSE-TETE », et on prendra le modèle « EXPLOSION DU PORTE-MONNAIE ».Voilà maintenant plusieurs semaines que nous surfons sur Internet comme des malades avec E. à la recherche du parfait modèle de voiture pour bébé. En vain. On est toujours bredouilles comme des nouilles.
Personnellement, je n'ai toujours pas compris comment ça fonctionnait. Il y a la poussette-canne qui est la moins chère mais ce n'est pas ce qu'il faut acheter au début parce que c'est à partir de 6 mois. Donc pour les nouveaux-nés, il faut chercher du côté des poussettes naissance. Mais attention au piège, il faut pouvoir allonger bébé comme dans un landau.
Sauf que pour allonger bébé, il faut acheter du coup une nacelle en supplément. Sauf si on trouve un siège-auto qui fait nacelle. Mais si la nacelle ne fait pas siège-auto, alors il faut acheter un siège-auto en plus. De la catégorie 0+ pour les nouveaux-nés. Et un autre siège-auto après parce que la crevette grandit. Sauf que si j'ai bien compris, il y a des nacelles-couffins qu'on peut installer dans la voiture. Il existe des modèles qui prennent une seule place et d'autres qui en prennent deux. J'imagine que celles qui prennent deux places on ne peut pas les mettre à l'avant. Ou sinon c'est bébé qui conduit. Et là, on n'est pas arrivés...
Alors imaginons qu'on prenne la poussette naissance avec la nacelle couffin qu'on peut clipper dessus en enlevant le bac poussette mais qui ne fait pas siège-auto alors on achète un siège-auto qui ne fait pas nacelle et qu'on peut clipper dans l'auto et d'ailleurs, ce n'est pas une auto qu'il faut avoir, c'est un char d'assaut... Ou un camion, pour mettre tous les moyens de transport de bébé et les valises.
L'autre jour, je suis tombé sur une annonce d'un mec qui vend sa poussette parce « qu'elle ne rentre pas dans sa voiture ». Et il s'imagine qu'on va l'acheter alors ? Il est fou. Faudrait qu'il précise, s'il a une Smart, c'est compréhensible. En revanche, s'il a un break Volvo et que la poussette ne rentre pas, il y a de quoi s'inquiéter.
Peut-être que personne lui a dit qu'il pouvait la plier... Un truc pas évident non plus de plier ces engins... Premièrement, il faut enlever l'enfant de la poussette. Oui je sais ça paraît bête à dire, mais c'est mieux quand même. Déjà que les enfants sont pliés dans le ventre de leurs mères pendant neuf mois, une fois dépliés, on ne va pas remettre ça. Donc on enlève bébé et on le met dans son siège.
Après, il faut trouver les bons boutons, donner le petit coup de pied qui va bien, ne pas se coincer les doigts comme avec les transats et hop voilà, c'est fait en moins de deux. Normalement. Mais je pense quand même qu'il faut avoir fait des études.
Ou alors tous ces systèmes ne sont pas faits pour des gars gauches comme moi. Je vais vous dire un truc, je ne sais comment ça va se finir cette histoire de poussette. Un bon vieux couffin en osier. Un landau de récupération, un bout de ficelle et toc.
Et pour la voiture, le couffin à l'arrière, sans ceinture. Je plaisante Adeline... Adeline c'est une fille qui m'a dit que j'étais complètement irresponsable comme futur papa. Un gros nul quoi. Un ersatz de père. N'empêche, vous savez comment mes parents me trimballaient, hein ? Dans le couffin en osier, à l'arrière de la R12. Les ceintures ? Même pas obligatoires à l'avant. Même pas installées à l'arrière. Bon d'accord c'était au siècle dernier mais je m'en suis sorti. Allez, t'inquiète Adeline, je vais lui acheter tout ce qu'il faut à ma puce. Une poussette, une nacelle, deux sièges-auto, des polaires, un sac à langer assorti à la poussette, une poussette-canne, des roues de secours, un parapluie à clipper sur la poussette, un protège-pluie à clipper au parapluie, la moustiquaire à scotcher par dessus, le sac à couches sur le côté, et même la barre de toit pour fixer ça à la voiture.
Ah ben ouais, parce que dans le coffre il y aura les valises avec les bodies, les robes, les pantalons, les pyjamas, les chaussures, les chaussettes, les jouets, le mini-parc, le tapis d'éveil, les crécelles, la guitare enfant, et le lit parapluie.
Parce que même si tu achètes une poussette qui fait couffin et un parapluie pour mettre dessus, bien sûr, ça ne fait pas lit parapluie. Et puis attaché au coffre, il y aura un porte-vélos avec le tricycle de la petite, le vélo de papa et le vélo de maman.
Bien sûr, ce qui est fabuleux, c'est que tout ça se manipule avec un seul bras. Ça tombe bien, parce qu'au niveau des finances, ça va me coûter l'autre, de bras.
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JOUR 202: POURQUOI TOUT EST ROSE
Envie de faire une mise au point aujourd'hui et de vous dire pourquoi tout est rose. « Ce que tu racontes, c'est que du bonheur, c'est louche » me dit une petite voix intérieure. « Ben c'est normal, je suis heureux. Je me sens bien », je réponds. « D'accord, mais quid de tes doutes, de tes angoisses de futur papa, et tout ça ? ». Elle me cherche cette petite voix ou quoi. « Ben j'en ai pas » je lui fais bêtement. « Mais t'es pas normal comme mec, tout le monde en a... ». Là j'ai failli me fâcher. Mais j'ai passé l'âge. C'est justement ce que je dis à ma petite voix. Je lui dis « Tu sais, je suis un vieux moi. Bien sûr que j'en ai eues des angoisses quand j'étais plus jeune. Il y a même eu quelques moments où j'avais des doutes sur la vie en général et des angoisses sur l'avenir. A l'époque, il fallait même pas évoquer les enfants. Je ne veux même pas te dire tout ce qu'il y avait dans mon cerveau. Comme beaucoup d'hommes sans doute, je pensais qu'un enfant serait une entrave à ma liberté. Comme beaucoup, je pensais qu'il fallait que je m'accomplisse d'abord avant de me reproduire. Comme beaucoup, je n'avais pas l'impression de pouvoir m'engager sur une vie entière, avec une femme ou avec un enfant. Enfin voilà quoi, tu vois, les doutes, je les ai eus bien sûr ». « Et alors » me dit la petite voix, « il s'est passé quoi, t'as fait la paix avec toi-même ? ». Je sens qu'elle se moque. Mais je reste zen. « Peut-être. J'ai mûri. J'ai réfléchi. J'ai travaillé. J'ai enlevé mes oeillères. Je me suis ouvert. J'ai compris des choses. Certains m'ont aidé à y voir plus clair ». « Un maître Jedi ? » dit la voix. « Très drôle. Ma femme par exemple ». « Et c'est pour ça aujourd'hui que tout est rose ? » « Non. C'est rose parce que c'est une fille ». Ma voix intérieure reste muette sur ce coup là. Je continue. « Tu sais » je lui dis, « ça me fait penser à une chanson de Zazie qui explique à son mec pourquoi elle écrit pas de chansons sur lui. Et elle dit : On n'écrit pas la chance qu'on a Pas de chanson d'amour quand on en a « Et bien moi, j'écris sur la chance que j'ai. Et sur l'amour que j'ai. Et voilà pourquoi tout est rose ».envoyer un commentaire
JOUR 193: TON PAPA QUI T'AIME
Quand j'étais plus jeune, enfant même, mes parents m'envoyaient souvent des cartes postales quand ils étaient en voyage sans nous. Vous savez, les cartes postales c'étaient les jolies photos qu'on recevait dans la boîte aux lettres avant l'invention de l'internet et des SMS.Maintenant, tous les gens qui m'écrivent dans la boîte aux lettres me demandent de l'argent. Et si vous avez bien fait attention, les impôts, ils n'envoient pas de cartes postales.
Ma mère écrivait au dos de la jolie photo comme quoi les moulins de Hollande étaient vraiment très beaux ou que malgré le froid, la Pologne était un chouette pays, et mon père signait juste.
Il inscrivait « ton papa qui t'aime ».
Sur le coup, je me disais qu'il se cassait pas trop la tête.
Mais bien des années plus tard, alors que je m'apprête à franchir le cap de la paternité, je repense à ces quelques mots écrits au dos des cartes postales.
Et c'est le premier message que j'ai envie de transmettre à ma fille : « Ton papa qui t'aime ».
Quand je mets ma main sur le ventre de maman, et que tu te manifestes presque aussitôt, comme si tu jouais avec moi.
Qui est ému aux larmes ? Ton papa qui t'aime.
Quand je déplace ma main, et que tu me suis en me donnant des petits coups dans la paume ou sur le bout des doigts.
Qui est fier de sa mini-crevette ? Ton papa qui t'aime.
Quand je sens à tes coups que ta force a augmenté, que ton corps a grandi, que ton poids plume a pris des grammes.
Qui attend avec impatience de te prendre dans ses bras ? Ton papa qui t'aime.
Quand je scrute le ventre de maman pendant de longues minutes et que tout d'un coup tu lui fais faire comme une vague avec ton pied ou ta main.
Qui est halluciné ? Qui croirait presque aux extra-terrestres ?
Ton papa qui t'aime.
Bien sûr, tout cela est aussi vrai pour celle qui partage la vie de ton papa qui t'aime : ta maman qui t'aime.
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JOUR 190: LES ACCESSOIRES DE PUERICULTURE (vidéo)
Tout d'un coup j'ai réalisé qu'il y avait plus de poussettes dans le magasin que de voitures chez un concessionnaire. Pris de panique, je me suis demandé comment on allait bien pouvoir faire un choix sachant que l'intéressée principale ne peut pas tester le confort, vu qu'elle est encore dans le ventre de sa mère. Finalement, on a quitté le magasin sans rien acheter. Mais il va falloir s'y mettre. Merci à Dan (Sauvel Natal) pour l'autorisation de tournage.envoyer un commentaire
JOUR 184: LA FILLE DE L'AEROPORT
Je l’ai déjà dit, je voulais une fille. Alors maintenant on me demande pourquoi je préférais avoir une fille à un garçon.Et bien c’est pas si facile à expliquer. Même si j’ai trouvé un bon résumé : avoir une fille, c’est la possibilité d’avoir deux femmes dans ma vie. Voilà.
Au-delà de ça, je n’ai pas d’explication rationnelle. C’est instinctif. Plein de trucs en moi ont dû militer pour avoir une fille. Pareil pour E. Et c’est arrivé.
Alors plus doux une fille ? Plus facile à éduquer ? Plus sage ? On verra bien.
Et puis ça nous empêchera pas de lui faire un petit frère…
Depuis quelques temps, on me demande aussi si je vais assister à l’accouchement.
« Bien sûr » je réponds, « quelle question… ».
Mais non, on me dit, c’est pas toujours le cas, il y a des papas qui ne veulent pas y aller, qui n’aiment pas l’hôpital, qui n’aiment pas la vue du sang, qui ne veulent pas voir leur femme souffrir et patati et patalère.
Vous en connaissez beaucoup vous des gens qui aiment les hôpitaux, la vue du sang, la souffrance de l’être aimé ?
A part des serial killers ?
Bon, alors je suis pas tout seul à m’évanouir à la moindre goutte de sang. Je me suis à peine éraflé le doigt que je suis déjà inconscient par terre…
Mais depuis quelques temps, j’ai réalisé à quel point ma fille me manquait. J’ai trop envie de la voir. Je trépigne.
En fait, c’est comme si elle était en voyage. Elle est partie super loin, pour affaires ou autres, et elle revient dans 3 mois.
C’est long un voyage de 3 mois. Il faut être patient.
Tous les jours on a envie que l’autre arrive. Et donc, le jour venu, vous faites quoi ? Vous attendez tranquillement cette personne chère chez vous ?
Genre « Ecoute, je suis très content que tu arrives, alors quand tu descends de l’avion, tu prends le RER D, puis tu changes à Châtelet, ensuite tu prends la ligne 12 du métro, tu descends là, puis tu prends un taxi jusqu’à là, et après tu montes les douze étages et Ah fais gaffe, l’ascenseur est cassé. Faut que tu te tapes les marches avec tes bagages. Et puis tu sonnes chez nous, ça me fera trop plaisir de te voir »
Ou alors vous allez la chercher à l’aéroport ?
Ben moi ma fille, j’irai la chercher à l’aéroport, sur le tarmac, au pied de la passerelle, elle aura même pas le temps de toucher terre que je la prendrai déjà dans mes bras.
« C'est sympa ça » dit E. « et moi je suis quoi ? L'aéroport ? »
Les potes se marrent. J'ai l'air malin tout d'un coup avec mes comparaisons à la noix.
« Euh, non mon amour. Techniquement, toi tu es l'avion... Le gros porteur quoi... »
« Ah, Ah, très drôle ».
Vite, une pirouette !
« Mais non, toi tu es sur le tarmac avec moi, à attendre notre fille, et l'avion c'est la cigogne qui nous apporte notre fille... ». Hop là, j'ai eu chaud...
« Mouais... »
« Enfin, vous avez compris ce que je voulais dire quoi, non ? » je demande alentours.
D'accord ma fille, la prochaine fois, je bosse un peu plus sur mes comparaisons pour pas offenser ta mère. En attendant, donne-moi ta main, on va chercher tes bagages. T'as des trucs pour l'hiver ? Parce que ça pèle ici, franchement... Tu m'as rapporté des trucs de ton voyage ? En tous cas, je suis trop content de te voir...
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JOUR 177: ON A LES PRENOMS MAIS PAS LE PANTALON
C'est fou le nombre de décisions qu'on peut prendre quand on est dans les embouteillages.Samedi tranquille presque au soleil de cet été indien et tout d'un coup E. me dit « Dis tu m'emmènerai pas au Bon Marché pour que je m'achète un jean de grossesse ? » Alors vu qu'elle m'a jamais envoyé aux fraises à 4 heures du matin, je vois franchement pas comment je vais lui refuser ça. C'est demandé tellement gentillement en plus, avec des yeux de biche...
On prend la petite voiture qu'on a spécialement ahetée pour quand la petite sera là et hop, roule Simone, direction le centre ville de la capitale. Mauvaise idée. On se retouve en sardines dans la rue de Vaugirard et soudain me reviennent en tête tout un tas de légers détails.
D'abord tous les gens qui bossent comme nous font aussi leurs courses le samedi après-midi. Et aussi, ils prennent tous leurs voitures. Et puis on dirait que les rues ont rétréci et que les voies de bus se sont élargies. C'est très mystérieux.
Les piétons quant à eux se jettent sur le capot des voitures avec leurs téléphones portables. Pour finir, on dirait que le ratio places de parking versus nombre d'automobiles est aussi faible que celui entre les recettes et les dépenses et les recettes de la sécurité sociale.
Pas grave, restons zen. Avec 6 000 abrutis devant moi et 6 000 incompétents derrière, je suis cerné et tant que ma voiture ne vole pas comme dans K2000, je suis totalement impuissant. Autant entamer la discussion avec ma voisine afin de faire mieux connaissance...
« Dis, ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé prénom » je fais.
« Ah oui c'est vrai ça ». Dès le début de la grossesse, on s'était accordé facilement sur un prénom zizi. Et puis un soir, il y a quelques semaines, j'arrive vers E. et lui dis « Dis, je viens d'avoir une idée, qu'est-ce que tu penses de ce prénom pour une fille ? ».
« Oh c'est sympa, c'est doux, ça sonne bien. Ouais j'aime bien. »
On en était resté là. Comme quoi elle est pas chiante ma femme. Même pas on a fait une liste. Même pas on a ouvert un bouquin. Même pas on a appelé Elisabeth Teyssier pour lui demander si au niveau des astres et des planètes ce serait une bonne idée d'appeler notre fille comme ça.
Cherchez pas où est le prénom dans les lignes précédentes, évidemment, j'ai fait voeu de silence jusqu'à la naissance...
« Ça te plaît toujours ? » je demande entre un bus qui crache tout noir et un vélo qui s'apprête à nous dépassser.
« Oui ».
« Et qu'est-ce qu'on fait pour ses autres prénoms ? Pour l'état civil... »
« Excellente question ».
On fait le point sur nos prénoms d'état civil à nous. E. a deux prénoms supplémentaires : sa mère et sa soeur. Et moi un seul : mon parrain.
Le bus s'arrête et franchement, ça fait pas une grande différence de vitesse. J'essaye de me décoincer au chausse-pieds. Impossible. Alors on se met d'accord sur le fait qu'on a envie d'éviter les prénoms des aïeules, grands-mères et autres grands tantes genre Mireille, Micheline, Huguette et Bernadette.
Au bout de 10 petites minutes, nous avons parcouru 200 mètres et notre future fille a ses trois prénoms. On les trouve très beaux et on en est vachement fiers. Ça sonne super bien ! Nous attaquons le sujet parrain-marraine.
On se fait un nouveau 200 mètres en 10 minutes - très loin de la médaille d'or- et hop, c'est gagné, on a le parrain et la marraine.
Finalement, les embouteillages, ça a du bon ! Presqu'une heure après notre départ, je me gare au forceps et en chaussette devant le Bon Marché persuadé qu'on ne va pas rester longtemps. Crise aiguë d'optimisme.
A peine entrés nous sommes happés par une déferlante de filles, femmes, jeunes couples et grands-mères. On dirait une manif.
E. a une idée précise en tête : un jean de grossesse qu'elle a repéré dans un magazine. Problème : où se cache-t-il ce coquin ? C'est où le rayon des femmes enceintes ? Au rayon femmes ? Au rayon puériculture ? Ailleurs ? Je vous jure, on a visité tous les escalators. C'est le moment choisi par la petite pour faire pression sur la vessie de sa mère. On s'enquiert de l'emplacement des toilettes auprès d'une vendeuse.
« Vous traversez le rayon, prenez à gauche, tout au bout, vous traversez la lingerie, prenez à droite, longez la passerelle, et c'est là ».
« Bouge pas » je fais à E., « je fais chercher la voiture ».
J'avise la la file d'attente aux toilettes. Y'a Robbie Williams qui dédicace son disque aux chiottes ou quoi ?
E. ne tient plus. La porte des toilettes enfants est ouverte, la cuvette fait 12 centimètres de hauteur, mais qu'importe, une femme enceinte au bord de la rupture retrouve toujours sa souplesse en cas de besoin...
Ça y est, enfin nous y sommes. Planqué au moins 2, le rayon des femmes enceintes. Le jean de l'annonce a fait ses valises, et son prix attractif avec.
« Je suis désolée, j'en ai plus de cette marque. De toutes façons, il n'était pas à ce prix là hein... »
Tu m'étonnes ! Les bras m'en tombent, les jambes m'en cotton quand je mate les étiquettes des autres jeans. Une femme enceinte comme nous vient de claquer un mois de salaire (pas le sien de salaire...). Elle achète deux jeans pour un total de 450 Euros. Trois mille francs ! 1 500 francs le bout. Je vous le fais en francs, c'est plus impressionnant !
Là, ça va être vite vu... 225 euros pour un pantalon qui va faire 3 mois, on va pas être d'accord. Les deux cabines du rayon sont pleines de femmes enceintes et E. essaye vite fait deux pantalons de grossesse moins chers à l'autre bout du magasin, chez les juniors.
Ça va pas. On s'en va. Re-embouteillages.
On a cramé l'après-midi et on a frisé l'agoraphobie.
On a les prénoms. Mais pas le pantalon.
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JOUR 169: LE BONUS DE L'IMAGE
Je n'ai pas pu résister. Lorsque le site famili m'a dit « ça serait sympa qu'on ait des images de vous et de ce que vous vivez, ça ferait plaisir à nos internautes », j'ai réfléchi 16 secondes à ce que j'allais bien pouvoir raconter de plus que dans le journal et puis, j'ai trouvé.J'avais soudainement envie de vous convier à un séminaire. Une espèce de réunion régulière, de show télé présenté par un futur papa et un animateur anonyme un peu déjanté, faisant pénétrer ses invités dans son univers décalé de la paternité.
JOUR 160: LE PREMIER CONCERT
Du coup, j'ai décidé d'emmener les crevettes à un concert. Plusieurs semaines déjà que je cherchais désespérément des places pour le concert de Cali. Je vous l'accorde c'est pas du rock, mais c'est de la belle chanson française. Avec un peu de rock parfois.
J'ai fini par trouver deux places sur un site d'enchères. Cali a appelé sa série de concerts « Dans l'intimité ».
Exactement ce qu'il nous faut.
Je voulais emmener les filles voir Muse à Bercy mais d'abord, ça tombe en décembre (8ème mois de grossesse environ) et surtout, ça pète les oreilles.
J'appelle E. pour lui annoncer la nouvelle.
J'appelle des potes pour décommander un dîner (cette vie sociale qu'on a, c'est dingue !).
Et puis E. m'envoie un gentil mail pour me dire qu'une de ses copines est allée au concert, qu'on est debout, que c'est enfumé et que c'est long. Mais sinon, que c'est vachement bien.
Alors que peut-être, vu le niveau de son ventre et la taille de sa fatigue, je devrais aller sans elle.
« Ah non » je dis, « pas question ».
Puisqu'on laisse les places assises dans le métro et dans les bus aux femmes enceintes, puisqu'une femme enceinte, c'est mignon et je dirais même attendrissant, je vais sortir ma carte « femme enceinte ».
Vous avez pas remarqué ? A quel point tout le monde est super ému de voir une femme enceinte. Le stress de la ville, l'usure du boulot, les problèmes des uns des autres, tout ça s'en va devant un petit ventre rond avec un alien à l'intérieur.
« C'est pour quand ? » ils disent.
« Je suis trop content pour vous »
« Vous serez des chouettes parents »
« Oh c'est trop mignon, je peux toucher ? »
Et puis maintenant qu'on est à 6 mois (enfin « on », c'est pas moi qui porte...) et que ça se voit un peu plus, autant en profiter un peu. Ne serait-ce qu'une fois.
J'appelle la salle de concert.
« Bonjour, j'ai deux places pour venir ce soir mais on m'a dit qu'il n'y avait que des places debout. Y'a des possibilités de s'asseoir ? » « Non, en fait pas vraiment » me répond la voix fluette et timide. Allez, c'est le moment de placer ma carte.
« Parce qu'en fait ma femme est enceinte de six mois, elle a un peu mal au dos et ça va être super difficile pour elle de rester debout pendant tout le concert. On peut faire quelque chose ? »
Elle réfléchit. Elle est émue. Je le sens. C'est trop mignon. Une femme enceinte de 6 mois qui vient ce soir.
« On peut vous mettre une chaise si vous voulez... »
« Ah génial, ça c'est sympa, merci beaucoup Mademoiselle ».
Elle me donne les instructions. Et quelques heures plus tard, quand on arrive, on passe la file d'attente, on entre dans les bureaux, on dit bonjour à Agathe la demoiselle timide et fluette du téléphone et à son ami Julien le régisseur, qui nous fait descendre avant tout le monde. Il nous installe sur les coursives, juste derrière la console de mixage -c'est là que le son est le meilleur- et nous apporte une chaise pliante qu'il déplie pour E.
Puis la salle se remplit.
Enfin, Cali commence son concert tout doucement à la guitare. Pas de batterie, pas de basse, idéal pour bébé.
Arrivent ensuite trompette, trombonne, violon et piano accompagnés d'un déluge d'éclairages doux et de paroles subtiles.
Sur « Elle m'a dit », Cali se pose sur son public et pendant 5 minutes, porté, transporté, véhiculé par les mains de ses fans, il fait le tour de la salle. C'est impressionnant cet homme qui vole. Cet homme qui a visiblement gagné un combat sur la vie. Qui se frappe le torse comme King Kong.
Qui saute, qui tourne et qui tape des pieds sur scène. Hymne à la vie et énergie.
Quand il arrive au dessus de nous, à l'horizontale, je lui dis « Y'a la petite là, elle veut te dire bonjour ».
Alors il dépose un bisou sur sa main et l'épingle sur le ventre d'E.
Premier souvenir de concert pour la mini crevette.
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JOUR 157: ROCK'N'ROLL ATTITUDE
Ma fille aime le rock'n'roll, c'est officiel. Et franchement, ça fait plaisir. J'ai attendu qu'elle ait des oreilles pour commencer à lui jouer de la guitare. Pas de la bonne grosse guitare électrique avec une distorsion de malade, mais de la guitare folk. D'ailleurs, je me suis racheté une guitare dans ce seul but. Dans le magasin où je l'ai achetée, j'ai dit au vendeur qu'il me fallait une guitare pour jouer de la musique à un foetus. Ça l'a changé des jeunes lycéens qui veulent devenir rock star.
Alors tout y passe. Je lui chante Radiohead, Green Day, les Beatles, Lou Reed, Muse, et plein de chansons de groupes aux noms impossibles. Et elle aime.
Je lui chante que de l'anglais. Comme ça, elle se familiarise d'emblée avec une langue étrangère. Et puis de toutes manières, l'anglais, c'est la langue du rock.
Puis aux dernières nouvelles, on n'a toujours pas de vrais rockers dans notre pays. Y'a qu'à voir qui vend des disques (oui, ça existe encore les disques !) en ce moment : Renaud, Vincent Delerm, Charlotte Gainsbourg et Raphaël...
Si j'avais envie que ma fille ressemble à une moule plus tard, c'est ça qu'il faudrait que je lui chante.
L'autre jour, en achetant un casque hi-fi super confortable afin mettre un des deux écouteurs sur le ventre d'E., j'ai senti quelques regards désapprobateurs. Sauf une fille qui m'a dit « faites attention, ne mettez pas trop fort, et évitez les musiques répétitives ». J'imagine bien le mec qui balance de la techno toutes blindes dans le ventre de sa femme...
C'est important de partager ses passions avec son futur enfant. Par exemple, si j'avais une passion pour le tuning, j'emmènerais tous les jours mes crevettes faire un tour dans une Golf GTI bleu nuit avec pare-chocs aérodynamiques, phares bleus au néon et au fluor, plafond lumineux qui fait toit ouvrant sur les étoiles, néons clignotants verts sur le bas de caisse, et le petit chien qui secoue la tête sur la plage arrière.
On mettrait Benny Benassi en faisant péter le volume dans le Pioneer et on roulerait à fond les turbines, vitres grandes ouvertes devant le salon de l'auto, porte de Versailles. On atteindrait au moins le 20km/h.
Mais ma passion, c'est la musique. La vraie, qui chante avec des refrains, qui vous émeut avec des mots.
Sans faire Boum Boum Tchac Tchac Boum Boum. Je joue ma guitare, je chante, E. est assise-allongée dans le canapé et la petite commence à danser dans son ventre.
« Elle déménage », me dit E.
« Tu m'étonnes, elle doit pousser les meubles, enlever ses escarpins et se mettre à tournoyer au rythme de la guitare de papa ! ».
Ou alors elle fait de la balançoire. Elle a trouvé un vieux pneu dans le ventre de sa mère ou un bout de réglisse en rond là, l'a attaché au cordon ombilical et youpla ! En avant la musique !
Vas-y que je me balance comme Laura Ingalls dans la « Petite maison dans la prairie ».
Depuis quelques jours, elle cogne même quand il y a du rock dans la télé.
Lorsque nous sommes tous les trois dans le lit, je pose ma main délicatement sur elle. Instantanément, elle se manifeste. J'en suis sûr maintenant, ce n'est pas une coïncidence...
Elle sent la main qui joue de la guitare, la main qui monte le volume, la main de son papa, la main qui la bercera dans quelques mois en lui chantant des chansons a capella, la main qu'elle tiendra pour aller à l'école, la main qui sera toujours là pour elle.
« I love rock'n'roll » elle me dira, « so put another dime in the jukebox daddy ».
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JOUR 149: LES IDEES REÇUES
C'est incroyable le nombre de trucs qu'on nous a dit à E. et à moi sur la grossesse. Et qui se sont avérés faux. En tous cas, qui ne s'appliquent pas à nous. Alors je pense qu'il est grand temps de faire valser un certain nombre de ces idées reçues.
1- Les nausées
« ça va, tu galères pas trop avec les nausées ? » a-t-on répété à l'envi à E. Ben non. Que dalle. Pas une seule nausée, rien de chez rien. Pas une pizza, pas une seule gerbe.
A peine un petit mal de coeur sur le scooter une ou deux fois. Une seule fois, elle sort de la salle de bains en me disant qu'elle a un peu la tête qui tourne et qu'elle voit des voiles blancs... Envie de mariage ?
2- Les envies, justement
Les fraises, la mousse au chocolat, et toutes ces âneries, niet ! Même pas une envie soudaine et démentielle d'une cigarette, ce qui serait compréhensible pour une fumeuse.
La seule envie qu'elle a ma chérie, c'est de ne pas aller bosser. Je pense pas que ce soit caractéristique à la grossesse... Sait-on jamais.
3- Les gros seins, c'est marrant Bof. Moi ça m'amuse pas. E. non plus. Elle trouve qu'elle ressemble à une grosse vache normande. Pour se trouver sexy, y'a mieux... Parfois j'ai même pas le droit de les toucher tellement ça lui fait mal. Sans parler de la carte d'abonnement qu'on a du prendre dans les boutiques de lingerie pour racheter des soutifs tous les 15 jours... On va faire péter les bonnets si ça continue. Alors pour ceux qui envisagerait de faire un enfant juste pour voir leur femme avec des gros lolos, je dis mauvaise idée. Achetez-vous de la pate à modeler, ça détendra vos nerfs...
4- Après le troisième mois, la libido de la femme explose
Encore râté, dommage ! Et pourtant, j'ai attendu patiemment sans forcer ce fameux quatrième mois.
Au début, E. était fatiguée et franchement, je pouvais pas lui en vouloir. Elle fonctionne pour deux. Tout d'un coup elle a 2 coeurs, 4 poumons et 2 cerveaux (y'en a que ça fait rêver hein...) et tout ça, ça pompe de l'énergie.
Alors j'ai attendu la libido comme on attend le bus. A croire qu'il y a une grève de la RATP sans déconner. Je fais le pied de grue sous l'abribus (quelle belle métaphore), mais rien. Pas un seul bus. Pas un vélo, pas une mob, rien. Rien pour m'emmener au loin (une autre métaphore).
Non ma femme en ce moment, tu la poses et elle dort.
Le matin, elle dort, le soir elle dort, la nuit elle dort, le week end elle dort. D'ailleurs, je la soupçonne de dormir au boulot.
Ah je suis taquin c'est vrai. Allez de temps en temps j'ai un petit câlin. Mais d'une manière générale, y'a pas de quoi suspendre Tarzan aux rideaux.
5- Les humeurs changent, la femme devient chiante (plus souvent qu'avant)
C'est faux aussi mais là en revanche, c'est du bol.
La mienne c'est l'inverse : elle est même moins chiante qu'avant. C'est dingue non ? On ne se dispute plus. Ben oui, nous aussi, on a un canapé... Et la dernière fois qu'il a servi de lit, c'était avant la grossesse.
Alors, quoi ? La musique adoucit les moeurs et la grossesse adoucit la mère ? Peut-être bien. Et le papa ? Il était jamais chiant avant me direz-vous ? Ben non ! Désolé.
Avec toutes ces fausses idées reçues, je me dis que E. si ça se trouve, elle est pas enceinte, elle prend juste du bide...
JOUR 138: DEUXIEME ECHO
Cette fois, on connaît l'endroit. C'est presque un peu chez nous. Et même si c'est pas Catherine qui nous fait passer l'examen, c'est pareil. « On a vu l'autre docteur la dernière fois » dit E. dans une entrée en matière qui se veut polie mais maladroite.
Alors Geneviève elle nous reproche d'emblée de ne pas avoir apporté les clichés de la dernière fois. On n'y a pas pensé, désolés. Surtout on pensait qu'ils gardaient tout en mémoire, dans le disque dur.
Qu'ils disposaient d'une gestion électronique de documents de dingues. Mais non. Remarque ça se comprend. Déjà que Geneviève elle a un peu l'air blasée au tout début de l'échographie, on a l'impression que ça lui fait rien, de voir notre mini crevette.
Mais en fait ça lui fait rien. Forcément, elle en voit 15 par jour... Nous sentons donc une certaine distance.
Comme lors de la première écho, elle va nous faire tous les contrôles de routine. De notre côté, on est toujours autant fascinés. Surtout que notre bébé montre d'emblée son plus beau profil. Il y a un nez tout petit et aquilin qui me fait penser direct à celui de sa mère.
Et hop, on recommence dans tous les sens. Cette fois on a le droit a la couleur. Des zones bleues, rouges, jaunes et vertes apparaissent. Bon, il faut s'y connaître un peu pour interpréter ces gribouillages mais en résumé, on mesure la qualité des échanges entre la mère et l'enfant dans le cordon ombilical.
On voit des bulles aussi. C'est le petit qui pète dans le liquide utérin comme dans un bain ? Non, c'est le cordon. Ah bon.
Et là, tout d'un coup, elle nous envoie un plug-in 3D sépia et on flippe en voyant le foetus en relief.
« Ouhla » je fais, effrayé.
« C'est les cheveux qu'on voit en noir ? » s'étouffe la future maman. « Non, non, c'est une zone d'ombre. C'est une reconstitution hein, ne vous inquiétez pas ».
Elle fait bien de préciser parce que là, moi j'avais déjà fait quatre mètres et m'étais emplâtré dans le mur.
« Je ne suis pas fan de cet effet » elle dit, « ça fait un peu grand brûlé ».
Tu m'étonnes !!! C'est un peu entre grand brûlé et pas terminé. Ça lui fait un visage pire que flou. Dégage-moi ça tout de suite Geneviève !
Et hop elle repasse en 2D et en noir et blanc. Ouf. On attendra que la technologie soit au point la prochaine fois, avant de faire flipper les parents.
Geneviève s'est détendue et après une vingtaine de clichés et de mesures, elle sort son dictaphone. Vous allez voir qu'elle va enregistrer les premiers mots du petit. Non, en fait, elle se met à parler chinois.
Elle sort sa science Geneviève, le diamètre bipariétal, le périmètre céphalique, les percentiles, le doppler ombilical et l'indice de Pourcelot, le trophoblaste, la longueur crânio-caudale, le spina bifida, le BIP, le PA, le PC, qui ne sont pas des partis politiques.
« Voilà » dit-elle tout d'un coup, « vous pouvez vous rhabiller ».
Je suis sur les dents. Ça fait 20 minutes qu'on l'écoute et elle nous a pas dit l'essentiel. La véritable info qu'on est venus chercher. J'hallucine !
« Et le sexe ? » je demande...
« Ah, vous voulez savoir ? » elle fait avec un air malin. A croire qu'elle fait exprès de nous torturer. Elle fait durer le suspense. Je m'attends à une drôle de blague du genre elle est pas encore sûre.
« Ben oui » je réponds. Elle sourit.
« C'est une petite fille ».
...
... Voilà un moment qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.
E. est aux anges. Et moi aussi. J'ai les larmes qui montent. Je vais les laisser aller. Un homme a le droit de pleurer. J'embrasse la future maman, encore allongée. Et puis je lui murmure un truc à l'oreille.
« C'est ce que je voulais. Je suis trop content ».
« C'est vrai ? » elle dit étonnée. « Je croyais que t'avais pas de préférence ».
« Si, mais je le disais pas, car un garçon, je l'aurais pas jeté ».
Elle rigole et chuchotte « Moi aussi, je voulais une fille ». J'ai les yeux humides.
Geneviève est retournée à son bureau, nous laissant seuls avec notre fille.
« C'est une fille ». Je le répète comme pour asseoir définitivement le diagnostic. Je n'ai qu'une envie maintenant, sortir dans la rue et gueuler partout que je vais avoir une fille.
Une fille !!!
Mais il faut encore se rhabiller, payer Geneviève, faire pipi, dire au revoir à la dame et descendre les étages.
Oh que ça va être long.
« Une petite crevette » dit E.
Enfin on va pouvoir dire « elle ». Elle existe déjà un peu plus.
Ma chérie, ma choupette, ma crevette, ma fille, notre fille, la puce, la petite.
E. me dit qu'elle s'en doutait. Un truc de filles. Elle l'avait senti. Entre l'endroit où elle prenait du bide, ses envies de sucré (sucré c'est une fille, salé c'est un garçon il paraît) et son intuition, elle était quasi-sûre.
Et puis dehors, je saute dans la rue.
On retourne au troquet du coin et on commande des sodas. Il fait beau et des armées de poussettes passent devant nous.
J'écris un message texte à mes parents, mes frères et quelques amis. Puis on prend le scooter pour la dernière fois tous les trois. J'ai déjà repéré une voiture d'occasion pour trimballer la choupette. Après la naissance mais aussi avant. Il va falloir commencer à s'équiper maintenant.
C'est bizarre que personne ne commercialise un «pack nouveau-né». Avec voiture, poussette, landau, biberons, layette, baignoire, table à langer, hochet, tétines, etc...
Parce que là pour l'instant, on a que dalle.
Ah si, on a bientôt une fille.
C'est énorme !!!
JOUR 131: LES CHEVEUX BLANCS
Mini crevette, dans 7 jours nous saurons si tu es une crevette ou un crapaud. Et pendant ce temps là, cette nuit, j'ai rêvé que je découvrais une floppée de cheveux blancs sur mes tempes. Moi qui ai encore pour l'instant des cheveux d'enfants.
Pourquoi ce rêve ?
Est-ce que mon inconscient me fait comprendre que je suis désormais adulte et qu'être adulte, ça veut dire avoir un enfant et des cheveux blancs. C'était bizarre ce rêve, il m'a fait prendre un énorme coup de vieux.
En plus c'était pas un seul cheveux blanc. D'habitude, on guette son premier cheveu blanc autour de 35 ans comme on guette son premier poil autour de 13 ans.
Sauf que dans un cas on est rempli d'espoir et dans l'autre de désespoir.
Non là, c'était plein de cheveux blancs. Toute une touffe. Apparue d'un coup.
Mais à 7h30, la radio a sonné avec toutes les mauvaises nouvelles du monde. Ta maman était endormie à côté de moi avec sa main sur toi. J'ai réalisé tout de suite que j'avais rêvé toute cette histoire de cheveux blancs.
J'étais à nouveau jeune, plein d'espoir, et ton futur papa. Et ça, c'était la bonne nouvelle.
JOUR 119: ET MAINTENANT, TU BOUGES...!
Ça fait 4 mois déjà. Et maintenant tu bouges !! Enfin, disons plutôt qu'on te sent enfin à travers le ventre de maman. Ça lui a fait tout drôle à ta mère la première fois que tu as bougé. Elle avait du mal à y croire. Elle a fait une drôle de tête d'abord. Puis elle est devenue radieuse.
Ta présence s'est concrétisée d'un coup. Et moi je te dis pas. Tout d'un coup y'avait un alien dans le bide de ma femme. Poum. Un petit coup à côté du nombril. Paf. Près de l'appendice.
Les papas se plaignent toujours car le ventre dodu de la maman n'est jamais secoué au moment où ils posent la main dessus.
Je n'ai pas ce problème.
Je pose ma grosse paluche et mes doigts boudinés sur le mini ventre de maman et en hop, tu te manifestes en moins de 5 minutes.
J'aimerais croire que tu sens la chaleur de ma main et que tu reconnais la douceur et l'amour paternels.
Que c'est ta manière à toi de déjà venir vers moi. Que tu me dis bonjour avec ton pied, ta main, ton cul ou ta tête. Alouette.
Mais si ça se trouve, ce sont juste des coïncidences.
Le problème c'est que quand tu bouges plus, ta mère angoisse. Je lui dis que tu dors, ou que tu te reposes ou que plus probablement, ton petit corps de moins de 15 centimètres ne peut pas toucher la cible à tous les coups.
En rentrant du boulot, maman me dit
« Je l'ai pas beaucoup senti(e) aujourd'hui ».
« T'inquiète pas » je lui dis. Mais demander à une femme enceinte de ne pas s'inquitéter, c'est comme demander à un homme politique de tenir ses promesses électorales.
Alors plus tard, devant la télé, elle pose ses deux mains sur toi et elle attend, un peu inquiète. Et puis te voilà. Tu tapes un coup. Peut-être t'as juste envie qu'on change de chaîne.
Tu verrais comme le visage de maman change alors. Ses yeux, son sourire, son teint. Qu'elle est belle maman.
Continue comme ça, petit bout. Chaque jour tu rend maman plus belle.
JOUR 108: GARDE-ROBES ET PRENOMS
Un mois déjà depuis la première échographie. L'air de rien, tout avance super vite. Une des amies d'E. nous a rendus visite avec un gros sac d'affaires pour bébé. Il faut dire qu'elle en a eu trois. Deux garçons et une fille. Alors il y a de tout dans son sac. Des pantalons bleus, des roses, des body avec des voitures d'autres avec des poupées. Des pulls, des grenouillères. Y'a même des soutien-gorges d'allaitement top sexy. Elle nous a tout filé. Sympa.
Notre enfant n'est même pas né qu'il nous a déjà piqué de la place dans le placard.
De leur côté, les petites nièces nous ont envoyé deux petits body tout neuf. Ça fait un drôle d'effet de défaire l'emballage et d'étaler le mini bout de tissu sur la table de la cuisine en se disant que dans quelques mois, ton enfant rentrera là-dedans.
C'est limite pas crédible. Beaucoup trop petit !!
Et en même temps, ça attise l'impatience. On a vraiment envie qu'il soit là. Pas envie d'attendre tous ces longs mois. Faut dire que maintenant que sa garde-robe est constituée... Si ça se trouve, dans quelques mois, elle sera passé de mode, la garde-robe.
La maman d'E. nous a aussi offert un pyjama trop mignon tout blanc et tout doux.
Dessus y'a marqué « ce soir je dors chez mamie ». Pour ceux qui auraient pas compris le message subliminal...
Elle se propose donc subtilement comme mamie-sitter. C'est bon à savoir. Bon, comme elle habite à 100 bornes, ça va pas être pratique quand on va aller au cinoche. A moins de mettre le mioche dans le train et de le confier à des inconnus ou aux contrôleurs de la SNCF...
Pour remercier les nièces, j'ai scanné la meilleure image de l'échographie et leur ai imprimé chacune la première photo de leur petit cousin ou petite cousine. On leur a envoyé par la poste et je pense qu'elles ont du l'épingler au dessus de leur lit. Elles aussi, elles ont hâte de voir sa vraie tête, et en couleur.
Moi je me dis que ça va être super dur d'attendre encore un mois avant de connaître le sexe.
« Ah bon, vous voulez pas la surprise ? », on me demande.
« Non » je réponds. « J'ai envie de chercher un seul prénom, et de peindre la chambre en une seule couleur ».
Tant qu'à faire, ayons l'esprit pratique...
La vérité, c'est que j'ai envie de savoir. J'ai envie de dire « il » si c'est un garçon et « elle » si c'est une fille. Et non pas « il » en parlant d'un bébé, ou d'un enfant. Qui sont tous les deux des noms masculins d'ailleurs...
Et puis éventuellement, j'ai envie de lui parler en l'appelant par son prénom. Ça me facilitera un peu la tâche. Parce que vraiment, c'est pas facile de parler à un ventre quand tu sais pas ce qu'il ya dedans...
Justement, les prénoms. Autre question récurrente aux futurs parents.
« Vous avez choisi des prénoms déjà ? »
C'est vachement intéressant d'étudier les prénoms. Notre seul objectif avec E. est d'éviter que l'enfant s'appelle comme tout le monde.
Par exemple, Jean ou Marie dans les années 1930. Stéphane ou Céline dans les années 1970. Kevin, Matteo, Théo, Océane, Alyzée, ou Manon pour les 10 dernières années.
En évitant Cunégonde ou Baudouin, nous allons nous diriger à priori vers des prénoms moins communs.
Si c'est un garçon, on a déjà choisi. Evidemment, on le dit pas. Ben non. Parce qu'après, t'en as toujours un pour dire « ouais, bof... ». Alors qu'après la naissance, une fois que c'est fait, c'est trop tard. Et comme par hasard y'a plus personne pour dire « ouais bof ». Tout le monde s'accorde à dire que c'est super mignon et que ça va super bien à ton enfant...
Après tout, ceux qui veulent choisir des prénoms à ce point là, ils ont qu'à en faire eux-mêmes des enfants, non ?
JOUR 99: FILLE OU GARÇON
« Et alors, tu préférerais une fille ou un garçon ? » est la question la plus posée au futur jeune papa avant l'échographie du zizi ou de la zézette. Et aussi la question la plus con il faut bien le dire. Alors moi je réponds qu'un début, je voulais plutôt un chien.
Mais qu'à cause des desideratas de ma femme, j'ai du opter pour un enfant.
Passé l'effet comique, je dis que ça m'est égal, l'essentiel étant d'avoir un enfant... Fille ou garçon, peu importe.
Mais intérieurement, j'ai forcément une préférence. Mais je peux pas la dire. Ben ouais, imagine si tu dis « j'aimerais bien un garçon », et la deuxième échographie révèle une fille. Alors après t'as tout le monde qui te dit « Oh c'est bête, tu voulais un garçon ».
Et comme cadeau de bienvenue dans le monde, y'a mieux. Parce qu'après, les gens méchants disent à ta fille, « Tu sais, ton père il voulait un garçon » et puis, pour finir, ta fille elle vient vers toi un beau jour et elle te dit « Dis, papa, c'est vrai que t'aurais voulu que je sois un garçon ». Et là, elle t'aime plus. Quoi, c'est pas vai ?
Certes, quitte à choisir, je préférerais avoir un enfant intelligent, drôle, passionné, beau, avec une belle carrière et blindé de talent artistique. Tout comme son père en fait...
Mais aux dernières nouvelles, on ne peut pas encore influer à ce point là sur la génétique. Et c'est ça qui est marrant. Par exemple, si j'ai une fille, ça serait cool qu'elle soit super douée pour jouer du piano. Mais si ça se trouve, elle choisira le lancer du marteau...
Alors vraiment, ça sert à rien de se faire des films sur fille ou garçon, de faire des plans sur la comète sur le fait qu'il sera acteur ou qu'elle sera top model. Franchement, la beauté de faire un enfant réside aussi dans l'inconnu. Sans ça, la vie serait pas marrante.
C'est pareil pour ma moitié. Fille ou garçon on lui demande. Et elle répond peu importe, tant qu'il a les yeux de sa mère et les fesses de son père...
Je vous rassure, s'il a les yeux de son père et les fesses de sa mère, ce sera pas dramatique non plus...
La deuxième question c'est « Il sera quel signe ? »
Alors que là franchement... On s'en cogne.
Fille ou garçon, d'accord, c'est un enjeu intéressant mais de toutes façons, c'est une chance sur deux.
Mais bélier ou taureau ? Capricorne ou verseau ?
« Ah les garçons capricornes c'est horrible » me dit une amie de mes parents.
« Je te remercie connasse, c'est mon signe » je réponds.
« Ah mais toi, c'est pas pareil. Mais tu sais j'ai eu un petit copain capricorne, qu'est-ce qu'il m'a fait souffrir... ».
Je reste muet. Je préfère pas prendre position. Pourquoi pas me demander si mon enfant sera de gauche ou de droite ?
Alors voilà, je le dis clairement, notre enfant sera un garçon, ou une fille.
Tant que j'y suis, je précise qu'il ou elle sera verseau, ou capricorne. Sagittaire si c'est un prématuré et même scorpion, si c'est un grand prématuré. Ça nous empêchera pas de l'aimer et de le (la) chérir de tout notre coeur.
Que ce soit un garçon verseau acteur ou une fille capricorne lanceuse de marteau.
JOUR 73: PREMIERE ECHO (partie 2) (lire d'abord la la partie 1 plus bas)
« Le voilà », elle dit la Madame. Aucun problème à distinguer. Je vois tout de suite sa grosse tête, son petit corps, un bout de bras, un bout de jambe. Jusqu'à là, ça ressemble à toutes les échographies du monde de tous les bébés du monde et finalement, c'est rassurant. Nous aussi on peut le faire. « C'est incroyable », je murmure, comme si il fallait pas trop le déranger, déjà qu'on lui envoie des ultra-sons dans la gueule, si en plus on le réveille...
En même temps, s'il est sourd, il risque pas de les entendre les ultra-sons. C'est marrant on a l'impression de l'espionner. L'échographe fait une image arrêtée, puis deux trois manipulations avec un truc vachement plus pratique qu'une souris et en deux secondes elle a mesuré la bête.
Enfin quand je dis la bête : 6 centimètres ! A peu près la taille du majeur d'un adulte. Pas d'un adulte majeur. Mais du doigt majeur d'un adulte.
« C'est mieux que Photoshop votre logiciel » je lui dis à Catherine, car elle s'appelle Catherine. Elle sourit. Nul doute que des graphistes lui ont déjà fait la remarque. Elle continue à colorier le ventre d'E. avec son stylo magique et voilà la crevette de 6 centimètres qui bouge dans tous les sens. Une vériable contorsioniste. La tête en haut, la tête en bas, la tête à gauche.
Sans déconner, notre foetus il a fait plus de saltos en deux minutes que Philippe Candeloro en 15 ans de carrière. Et Catherine elle a fait des images arrêtées sans arrêt. On a bien vu la colonne vertébrale, les côtes, les jambes, bras, les mains, même les doigts. Catherine mesure tout ça. La colonne, le fémur (il doit faire 1 centimètre), le cerveau -car elle a même fait un « plan de coupe » du cerveau de notre bébé- avec l'hémisphère droit et l'hémisphère gauche, s'il vous plaît. C'est de la conception assistée par ordinateur ce truc. On a vu bébé en 3 D ! C'est magique. Elle a repéré le coeur et nous fait entendre les battements de son coeur pendant deux secondes. Poupoum, poupoum, ça va drôlement vite. Mais ça dure pas, déjà l'autre replonge en arrière dans le liquide amniotique. Plouf.
« Oh j'aimerais bien réentendre le coeur » dit E., enfin rassurée.
« Je suis désolée, il s'est retourné » dit Catherine.
« De toutes façons, il vaut mieux éviter d'insister, on lui envoie quand même des ultra-sons, on vérifie juste ».
Moi je trouve qu'on a bien vérifié, ça fait Poupoum Poupoum, c'est l'essentiel. Puis Catherine nous montre l'estomac, la vessie, les cavités reinales, le coeur en coupe. Après elle mesure l'épaisseur de la nuque. C'est un test dont on n'avait jamais entendu parler nous les jeunes parents. Plus la nuque est épaisse, plus il y a de risque de malformation ou d'anomalie chromosomique.
1,2 millimètre on a comme score et apparemment, ça élimine 90% des risques. Mine de rien, nous voilà encore un peu plus rassurés. Je le savais. Déjà avant je le savais, mais là, depuis quelques minutes, j'ai vu son mini profil, son mini nez tout rond, sa mini bouche, ses mini mâchoires et je savais que tout allait bien.
On n'a pas encore vu sa mini bite mais j'y viens.
« A ce stade là, le sexe n'est pas encore formé ou il est impossible de le voir ? » je demande à Catherine, faisant le mec qui s'y connaît et qui sait qu'il aura pas sa réponse, sauf si elle a déjà vu un truc.
« C'est fait bien sûr mais la distinction n'est pas encore apparente. Ceci étant dit, je peux vous dire ce que je pense. A ce stade là, c'est fiable à 70% ».
Tu m'étonnes, elle doit avoir l'habitude, à crayonner des gros ventres toute la journée. A force, on distingue bien deux trois indices qui font qu'on sait si c'est un garçon ou une fille. Genre la vessie est plus petite. Ben si, puisque les filles pissent plus souvent que les garçons, c'est qu'elles ont une vessie plus petite. C'est pas pour rien qu'on les appelle les pisseuses.
« 70%, ça me va moi » je fais en regardant E..
« Oh non, pas tout de suite » J'insiste un tout petit peu pour la forme mais c'est elle qui gagne. Il ne faut pas contrarier la future maman et puis, elle a raison, on vient quand même de prendre suffisamment d'émotions, laissons celle-ci pour la prochaine échographie, pour une nouvelle dose d'excitation et qui sait d'angoisse. Ben oui, si on n'a pas trouvé de prénom féminin par exemple. Ce qui est le cas pour l'instant. Alors on se rhabille et on passe au salon pour payer.
Pour la troisième fois, E. demande si tout va bien et pour la troisième fois, mais en lui faisant comprendre qu'il faut s'arrêter là pour les questions, Catherine lui répond qu'à ce stade, oui, tout va bien. Mais il reste une angoisse fortement ancrée chez la future maman : le mongol.
« Et si on veut faire une amniosynthèse, c'est à quel moment ? »
« Avec toutes les mesures prises aujourd'hui, on peut constater un développement normal et un risque de malformation de seulement 10%. Vous êtes jeune et il n'y a aucune raison de faire une amniosynthèse, d'autant plus que c'est un examen risqué, on a une fausse couche sur trois examen ».
Là tout de suite, c'est vrai que ça refroidit. Car évidemment, la fausse couche est une des autres grandes angoisses des futurs parents. D'ailleurs, on n'en parle pas. Par superstition. Nous avions encore une dernière question pour Catherine, au sujet du scooter, et de jusqu'à quand je pouvais véhiculer E. avec moi en deux roues. « C'est dangereux » elle a dit, « Vaut mieux éviter, parce que si vous tombez, il y a des risques ».
Là, elle m'a déçu Catherine. Autant sur sa machine du 22ème siècle avec sa souris trackball et son super photoshop elle m'avait impressionné, autant sortir un truc pareil. C'est sûr que c'est la caractéristique principale du 2 roues c'est que quand on tombe, c'est en général dangereux. Enceinte ou pas enceinte. Mais voilà, Catherine, elle fait des échographies, et pas de la prévention routière. Alors, je ne lui en veux pas. On quitte le cabinet médical et je peux enfin crier ma joie à l'air libre, embrasser E. amoureusement et tendrement. Futur papa. Je suppose que je marque mon territoire. Bientôt, moi aussi j'aurai une poussette avec un bébé dedans et j'arpenterai ces mêmes trottoirs. La ville sera à nous trois, à nous deux, à moi. E. m'offre un jus de pamplemousse au troquet du coin.
On regarde les clichés de notre futur enfant et je m'aperçois d'un truc. Une autre angoisse qu'on avait -comme tous les futurs parents ?- et qui a tout de suite disparu. « T'as vu », je lui dis,
« C'est pas des jumeaux... »
JOUR 73: LA PREMIERE ECHO (partie 1)
Première échographie. Il fait une chaleur à crever sur la capitale. Une vrai canicule. Pas d'air, un maximum de pollution, et toujours pas de climatisation dans les bureaux des petites entreprises dans lesquelles on travaille. Nous avons rendez-vous à 17 heures dans un centre d'échographie du 15ème arrondissement. Pas facile de se concentrer en attendant la première grande rencontre avec bébé. D'ailleurs, je ne me concentre pas. Et je passe ma matinée à faire une division. Une seule division en une matinée, il y a des records qui vont tomber. Pas grave, c'est l'été et c'est calme.
D'ailleurs, j'ai pris discrètement mon lundi après-midi en entier. Et je vais chez le dentiste. Puis, comme beaucoup, je vais tuer le temps en faisant du shopping. Compact Discs et bouquins. E. m'a demandé de lui acheter LE bouquin référence ne matière de grossesse. Ça s'appelle « J'attends un enfant ».
On ne peut pas être plus explicite. Nos mères l'ont lu il paraît. Mais le livre est actualisé tous les ans. Ça me rassure un peu. Pas tant que ça en y réfléchissant bien.
Quelle sont les différences fondamentales entre attendre un enfant aujourd'hui et attendre un enfant il y a 35 ans ? Pour le savoir, faudrait que je demande à ma mère de retrouver son exemplaire d'époque. C'est bizarre, elle m'a refilé tous ses Lagarde et Michard de quand elle était au lycée, mais ce bouquin là, elle l'a gardé pour elle.
A 17h pile, je retrouve E. dans un décor très urbain. Elle est assise sur les escaliers devant l'immeuble. Un employé de la mairie de Paris vient d'arroser les plantes, ça nettoie aussi les trottoirs, qu'un satané clébard s'empresse de souiller à nouveau. C'est la jungle urbaine. Et chacun marque son territoire. Comme tous les futurs parents, on se demande si on ne va pas vivre l'inacceptable. Inconsciemment, on craint le pire. Un coeur qui ne bat pas. Un seul poumon, un seul rein, un chomosome mal emmanché et voilà, nous qui voulions d'un enfant parfait à notre image, on se retrouve affûblé d'un âne unijambiste et trisomique.
C'est ça la grande angoisse de la première échographie. La grande angoisse des parents : que l'enfant soit râté. Parce qu'il sera impossible à aimer. Parce qu'il faudra le torcher sa vie entière au lieu de quelques années seulement. Parce qu'à bien y réfléchir, on préférerait sans doute que sans bras, sans la vue ou trisomique, il ne naisse pas. Pour son propre bien. Mais surtout, pour le notre. Alors qu'un manchot peut faire un excellent pinguoin, un aveugle un excellent musicien et un trisomique un excellent comédien. Alors qu'un enfant dit « normal » peut perdre la vue ou se faire amputer. Mais là ce sera différent. Ce seront les circonstances de la vie. Tant qu'il est dans le ventre de sa mère, la vie n'a pas commencé. Vraiment. Et cela devient les circonstanctes de la naissance. Et là, les tuiles sont plus pénibles à imaginer. Mais c'est une belle journée. E. angoisse un peu mais moi, j'ai confiance. Forcément, ma chair, mon sang, ma semence, notre amour -même aveugle- ne donnera pas naissance à un sourd.
Les petits couples dans la salle d'attente sont mignons. Ils nous ressemblent. Baskets, Converse, jeans ou costume sans cravate. On est tous pareils. 30 ans environ et on a quitté le boulot un peu plus tôt.
En revanche, ils ont tous déjà vécu au moins une échographie. Je vois ça à la taille du ventre. Et puis je me dis qu'ils doivent se demander ce qu'on fout là et si on ne s'est pas trompé d'étage. On a confondu le sexologue au deuxième étage avec l'échographe du troisième. Parce que nous, on n'a pas de ventre. Enfin moi un peu parce que ça fait longtemps que j'ai arrêté le sport, mais E. pas du tout. Pas encore. Vient notre heure. J'ai un fauteuil à côté de ma chérie et on a chacun sa télé. Comme un vieux couple. Je sais que je devrais admirer le ventre de ma femme, mais pour l'instant, c'est l'ordinateur hyper moderne qui attise ma curiosité. Puis la Madame met du gel sur le ventre d'E. et attrape son gros crayon. J'ai à peine le temps de mater l'écran que Paf ! Il apparaît. Déjà en position foetale. Comme pour dire bonjour à papa maman.
C'est arrivé en moins d'une seconde. Comme un coup de foudre. Comme ça, sans prévenir, il est passé de l'ombre à la lumière, de l'anonymat à la célébrité, de son doux foyer à l'écran de télé.
JOUR 58: L'ANNONCE : LAST ONE
Directement le lendemain, nous avons été déjeuné chez soeurette, son mari et leurs deux filles. Et à l'inverse de la veille, ils ont tous sauté de joie lorsqu'on leur annoncé la nouvelle.Il y a eu des larmes, des baisers, des bisous, et des sauts de cabri, à s'en cogner la tête dans le parasol. Les nièces d'E. n'en revenaient pas. La plus petite nous a même fait notre premier cadeau pour le bébé : 5 couches !!! Je déconne pas. Elle est monté à toutes blindes dans sa chambre en disant "Attendez, je vais vous chercher quelque chose". Et comme elle a un faux bébé - un vrai bébé eût été inquiétant à son âge quand même-, elle lui met des vrais couches. Je sais c'est con. Surtout si elle les change... Enfin, il ne faut pas briser l'instinct maternel des jeunes filles. Alors toute fière elle a tendu les 5 couches qu'il lui restait à E. C'était super mignon. J'ai failli lui dire qu'à cet âge là, il faisait encore dans le ventre de sa mère, mais il faut préserver l'instinct maternel. Mon beauf a versé le champagne à flots, encore et encore. Là, pour arroser la nouvelle, on l'a arrosée. On a développé une super technique avec E. en plus. Elle prend une flûte pleine, trempe ses lèvres, histoire de, et c'est moi qui termine après. Comme ça, elle boit pas d'alcool. Et moi je bois deux fois plus que tout le monde. Ben faut bien que je trinque pour ma femme, non ? J'ai promis de faire attention quand même, il s'agirait pas de ramener la future maman en état d'ivresse. ça fait mauvais genre. Quelques jours plus tard, on recevait un colis avec des body Petit Bateau pour nouveau-né.
"Tata et Tonton, voici un petit cadeau pour votre bébé. Je vous ai préparé aussi un sac pour lui (note de moi : avec tous plein de peluches dont elle n'a plus l'usage). Gros bisous" écrivait la plus petite. Sa soeur signait aussi.
"Que le temps va sembler long jusqu'en janvier !! Nous avons tellement hâte que ce bébé arrive, c'est bizarre, mais on l'aime déjà, on n'arrête pas d'y penser. Enormes bisous. A bientôt" écrivait la soeur d'E.
Au jour 58 (sur 270 si j'ai bien compté), on avait déjà la pression : on n'avait pas intérêt à le rater notre nain ! Il était attendu au tournant. ça fait plaisir mais un peu flipper aussi quand même. En revanche, c'est tellement formidable de mettre autant de chaleur dans le coeur des gens.
C'est donc ça alors, qu'on appelle le miracle de la vie.
JOUR 57: L'ANNONCE : AUX BEAUX-PARENTS
Pour l'annonce aux beaux-parents, c'était encore autre chose. D'abord il a fallu emprunter une voiture. Direction la campagne.On se répète la scène. On arrive et même tactique. On s'installe dans le jardin, au bord de l'étang, et on fait péter la bouteille.
Il fait grand beau et dans quelques heures, l'équipe de France de football s'apprête à affronter le Brésil en quart de finale de la Coupe du Monde.
Avec le beau-père, en bons mâles, on a déjà dit aux filles qu'on ne serait plus de ce monde entre 21 heures et 23 heures.
Je vois bien mon futur enfant dire à ses copains : "après avoir annoncé mon existence à mes grands-parents, mon père s'est vautré dans le canapé, il a sifflé une binouze et s'est maté un match de foot". En même temps, c'est super important de préparer les enfants au sport. Surtout à la télé. D'ailleurs, je vais tout de suite lui expliquer la règle du hors-jeu. J'ai jamais réussi avec sa mère alors là, je vais prendre de l'avance...
Bon, comme ce sont les parents d'E., c'est elle qui parle.
"Voilà, on avait envie de bulles alors, on a apporté le Champagne" Silence dans l'assemblée. J'ouvre. Paf ! Je sers. Shhhhhhhhhhh ! (c'est le champagne qui coule). On trinque. Cling !
"En fait, Adam et moi, on voulait vous dire que vous allez être à nouveau grands-parents". (Soeurette a déjà des enfants).
Silence dans l'assemblée.
Dans l'étang derrière moi, même les carpes Coy sont muettes. On reste assis comme des nases avec nos coupes à la main. Personne ne se lève. Les parents n'embrassent pas leur fille.
Alors ma douce clarifie, des fois que.
"Je suis enceinte et c'est prévu pour janvier".
Tellement silence que je crois que d'ici, j'entends la clameur du stade de Francfort quand les 22 acteurs rentrent sur le terrain comme il est coutume de dire.
"Ah! Ben ça c'est une bonne nouvelle" finit par s'enthousiasmer le beau-père. Mais il reste assis. Mireille en revanche, je lui aurais annoncé que j'avais les couilles qui me grattaient, ça lui aurait fait le même effet.
"Ah ! ben ça c'est une bonne nouvelle" répète le beau-père qui a presque sifflé sa coupe. Je lui reverse une rasade. Shhhhhhh ! Finalement, Mireille parle. Oui, j'ai pris le modèle belle-mère qui parle.
"Ah ben tiens, le fils Dubout, du bout de la rue (on l'appelle le fils Dubout de la rue... Pardon mais faut bien que je me fasse rire tellement je suis triste pour E.) et ben lui aussi il va avoir un enfant". Je vous l'avais dit. Je lui aurais dit "Mireille j'ai les couilles qui me grattent", elle m'aurait répondu que la fille Despoil, elle aussi, avait attrapé des morpions.
Bon alors E. et moi, on s'en tamponne le dard du fils Dubout, on se regarde et on se sourit. On se fait un clin d'oeil discret, avec une larme dans le sien. Pendant une semaine on avait préparé ce moment là. Un moment de vide, sans émotion. Pendant un mois, E. avait flippé sur la réaction de sa mère, en me disant "je suis sûre qu'elle laissera rien paraître, ça va être dur". Et c'est dur. Parce que c'est comme au foot, on a beau être entraîné à la défaite, ça fait toujours mal quand elle pointe le bout de son nez.
"Ah ben ça s'est une bonne nouvelle". Le beau-père est resté bloqué. S'il était plus vieux, j'aurais dit que c'était le moment de changer sa pile mais c'est pas le cas. Il est tout jeune, et tout simplement content. Il le formule à sa manière.
Et il ajoute : "Manquerait plus que la France gagne et ça nous fera un beau week-end".
Dans la télé, Zidane entre sur le terrain entouré de ses coéquipiers. Dans l'étang, les carpes se remettent à guetter le héron qui les bouffe en ce début d'été. Et dans son petit coeur tout doux, entre la télé et l'étang, ma chérie a besoin qu'on la prenne dans ses bras et qu'on la serre très fort. Alors je m'approche d'elle, l'embrasse, la serre amoureusement et lui dis que je l'aime et que je suis très fier qu'elle soit la future maman de notre futur enfant.
Et aussi qu'en souvenir de cette journée bizarre, même si la France gagne, on l'appellera pas Zinedine.
Plus tard, pendant que les hommes n'étaient plus de ce monde et qu'ils hurlaient devant le poste, la mère et la fille se sont retrouvées dans la cuisine et se sont transmis quelques trucs. Des conseils, des objets utiles (matelas, layette) et peut-être même quelques sentiments.
JOUR 44: L'ANNONCE : AUX PARENTS
Je me suis toujours dit qu'un peu de créativité pour annoncer les grandes nouvelles, c'était beaucoup plus marrant. Mais là, j'ai pas trouvé l'idée de génie. Genre tu loues une cigogne à un alsacien et tu la fais survoler le jardin de tes parents.Alors ce que j'ai trouvé de mieux, c'est l'annonce venue de nulle part. Prendre ses proches au dépourvu. E. et moi avons acheté une bouteille de champagne et nous allons déjeuner chez mes parents. La bouteille est fraîche et je la planque dans le sac à main de ma femme. C'est pratique les sacs à main de gonzesses. En plus de porter le bébé, elle porte mon portefeuille, mon téléphone, mes clés, et la bouteille de champagne. C'est un peu mon sherpa à moi.
Au moment de l'apéro, je fouille dans son sac, je sors la bouteille, la fais péter discrètement et sers 4 coupes.
« Wouah, en quel honneur ? » dit ma mère.
« On avait envie de bulles » dit E.
« Ah ben ça c'est sympa » ajoute mon père.
Je tends les coupes et prépare mon deuxième effet Kiss Cool. Et on commence à trinquer. J'attaque.
« Non mais voilà, on voulait trinquer à la fête des mères qu'on n'a pas fêtée, à la fête des pères qui est aujourd'hui, à l'anniversaire de papa -j'aurai pu rajouter l'appel du Général de Gaulle du 18 juin mais les ficelles seraient devenues grosses- et aussi vous dire qu'on attend un enfant ».
Je m'attendais à un truc du genre « pardon qu'est-ce que tu viens de dire ? » mais non, à croire que j'articule très bien et c'est ma mère qui nous pète les oreilles en premier.
« C'est pas vrai ? » elle crie, « c'est génial !!!! »
Tellemement génial que j'ai l'impression qu'elle va s'évanouir en gâchant sa coupe de champagne. Que nenni. Elle se jette dans nos bras et nous bisouille. Ça fait plein d'émotion qui nous traverse.
Derrière ses lunettes de soleil commencent à perler des larmes de bonheur. J'adore faire plaisir à ma mère.
Mon père est très ému également. Lui aussi nous embrasse et lui aussi laisse aller son émotion sous ses lunettes. Il fait grand soleil. Nous venons de faire deux grands heureux. Qui sont déjà grands-parents et le seront une fois de plus. Mais cette fois, c'est leur aîné qui procrée. C'est important le futur nouveau-né de l'aîné. Apparemment. Et puis aussi ils sont contents pour nous. Et contents pour moi. C'est vrai quoi, qui pensait que j'aurais un jour un enfant ? Moi qui n'arrive pas à grandir. Il paraît que les hommes sont des grands enfants. Pas vrai. Je connais plein d'hommes qui sont chiants comme des rasoirs et aussi amusants que des curés. Et moi je me rassure en me disant qu'être papa, ça ne m'empêchera pas d'avoir 8 ans d'âge mental. Faudra juste que je fasse un peu gaffe au niveau de l'autorité.
Alors quand même, mes parents nous avouent qu'ils se doutaient un peu qu'on allait leur annoncer quelque chose -il est vrai que j'avais lourdement insisté pour venir déjeuner- mais, tradition oblige, ils pensaient au mariage. Je dis tradition parce qu'il paraîtrait qu'il faut se marier avant d'avoir des enfants. Pour les gens qui n'aiment ni les églises, ni les hôpitaux, ça devient compliqué...
Puis j'ai déjà un frangin qui se marie dans l'année, il faut varier les plaisirs... Deux mariages dans l'année pour les parents, c'est quand même un trou dans le budget. Alors nous, c'est l'enfant. C'est moins cher. Je leur demanderai juste d'acheter la poussette. Ou la poussette à moteur. Parce que sur mon pauvre scooter, y'a pas de place pour le couffin. Justement mon frère qui se marie bientôt passe en coup de vent prendre le café.
"Assieds-toi" lui dit mon père, "Adam et E. ont une grande nouvelle à t'annoncer".
Bon, mon effet de surprise est foutu. Parce qu'après une introduction comme ça, je me vois mal dire à mon frangin que la grande nouvelle, c'est qu'on a souscrit un abonnement à un club de sport... Pas grave, je me rattraperai sur l'autre frangin. Non plus. Mon père est déjà au téléphone en train de lui annoncer la nouvelle. Fier comme un coq le paternel ! Mais je ne lui en veux pas, il peut pas se retenir. Faut dire que maintenant qu'on a lâché la nouvelle, on ne contôle plus rien. Il vaut mieux ça que l'inverse en même temps. Après tous les efforts qu'on a fait, se retrouver en face de gens qui vous dirait "Et alors ? Nous aussi on a fait des enfants, et on voit ce que ça a donné", ça aurait nettement moins de charme...
La journée se termine comme ça tranquille, baignée par l'extase et l'excitation, les félicitations et les joies d'anciens jeunes parents. C'est fait, E. et moi sommes entrés dans le club. On n'en ressortira plus.
JOUR 36 : LA DISCRETION
Alors voilà, nous , on est aux anges de savoir à propos du petit bout, mais on ne peut rien dire. Deux semaines qu'on se mord les lèvres pour pas éclabousser nos proches avec notre bonheur. Tout ça, c'est par superstition. On a toujours entendu qu'il valait mieux attendre que les trois premiers mois soient passés, alors on s'exécute bêtement. Oui bêtement car franchement, ça change quoi ? Hein ? Perso, ça fait 10 ans qu'on me demande quand est-ce que je me reproduis. J'imagine la tête des gens :"Alors, l'enfant, c'est pour quand ?"
Et moi : "Ben justement, on sort d'une fausse couche". Les boules.
Et donc, même s'il s'était passé un truc dans le genre, on en aurait parlé. Puisqu'on est prêt à partager le bonheur, on aurait partagé le malheur. La douleur. Bref, par superstition, on s'est tu. Et on a évité de marcher sous les échelles et, sur les Champs-Elysées, j'ai décidé de ne pas poser les pieds sur les lignes. C'est en roller que j'ai eu le plus de mal...
De son côté, au bout d'un mois de grossesse, E. est déjà persuadée d'être une grosse vache. Les filles parfois... Je la rassure comme je peux et voudrais tant déformer les miroirs.
"Mais si, regarde ma poitrine..."
Je regarde, je tâte. Finalement, c'est bien elle la plus impressionnée par ses seins qui gonflent.
"J'ai vu plus gros", je dis en déconnant.
Alors on entend deci delà que l'homme devient bestial quand sa femme enfle du buste. Moi ça me fait plutôt rire.
Mais c'est un fait, son corps commence à changer et ça l'angoisse. Car E., c'est un poids plume, une crevette qui ne voulait pas grossir. Et pourtant, de petite crevette à grosse vache, apparemment, il n'y a qu'un pas...
13 jours donc que la gynécologue est la seule à nous avoir exprimé ses félicitations. Alors qu'on la connaît même pas.
Et c'est le moment de la première véritable épreuve : le mariage de la cousine. Ma douce a acheté un petit haut bleu qui lui va à ravir mais s'aperçoit un peu tard que ça lui fait un décolleté à la Monica Bellucci. Allez hop, un point de couture et c'est réglé. Ses parents, sa soeur, ses nièces, son parrain, sa cousine évidemment, tout le monde est là. Et elle est persuadée qu'ils vont découvrir le pot aux roses. Faut dire qu'ils ont des indices. Et pas seulement les seins. Il y a aussi la non-consommation d'alcool et surtout, pas de cigarettes. Une fumeuse qui ne boit pas et qui ne fume pas à un mariage, c'est louche... D'ailleurs, en fin de soirée, vers 3 heures du matin, c'est le témoin de la mariée, rond comme pas deux, qui, dans un éclair de lucidité et un relan de calva, abordera E. avec un sourire en coin :
"Dis donc toi, tu fumes pas, tu bois pas, tu serais pas enceinte des fois ?"
Elle aurait pu dire qu'elle attendait une tribu de kangourous, il s'en rappellerait pas aujourd'hui de toutes façons.
Apparemment, tous les autres sont trop sobres pour constater l'évidence. Ça nous arrange bien. Le jour d'un mariage, c'est quand même plus poli de féliciter les mariés que les invités. Et puis c'est encore trop tôt. Nous connaissons malgré tout quelques moments limites, notamment lorsque mon beau-frère me demande si E. et moi, on a prévu d'avoir des enfants. Comme toujours, je lui réponds qu'on s'entraîne mais comment je me retiens de lui balancer un "tu crois pas si bien dire mon gars..."
Ou alors ce grand moment d'angoisse quand la choupinette chipie de nos voisins de table se radine des chiottes l'air de rien avec une haleine de phoque qui vient de se brosser les dents à l'eau de javel. Et qu'a-t-elle fait pour ça ? Elle a mangé les pastilles bleues qui désinfectent les urinoirs de la salle des fêtes ! Là, le sang du futur papa qui est en moi ne fait qu'un tour et je me propose d'emmener la gourmande et les parents aux urgences. Finalement ils iront sans moi et je me dis que tant qu'il est dans le ventre de sa mère le mien au moins, il fait pas de conneries, et que j'ai intérêt à en profiter pendant les quelques mois qu'il me reste. Parce qu'après, c'est fini !Adieu tranquilité. Et bonjour les chutes contre les tables basses, les arcades sourcilières ouvertes, les accidents de vélos, les jambes cassées, les pièces de monnaie dans l'oesophage, les punaises dans le pied, les doigts dans la porte, les ciseaux dans l'oeil et j'en passe. D'ailleurs, en rentrant, j'ai intérêt à repérer le trajet de la maison jusqu'à l'hôpital et de me mettre bien avec le personnel des urgences. Ou alors il faut que je fasse en 8 mois l'équivalent de 15 années de médecine pour devenir médecin chirurgien... C'est pas gagné.
A 4 heures du matin, la petite chipie revient des urgences avec ses parents. Mine de rien, on s'était vachement inquiétés E. et moi.
Mais on n'a rien dit !
JOUR 24 = JOUR 1 : LA PETITE GRAINE (flashback)
Nous avons débarqué tous les deux à San Francisco voici déjà 8 jours. Quel bonheur ! Cette ville que j'aime tant. Cette ville où j'ai vécu 3 ans lorsque j'avais 20 ans. Quel bol d'air. Quel putain de bol d'air !!! En plus, ça fait des années que j'abreuve E. de comment c'est beau comment c'est bien là-bas. Il était temps qu'elle s'en rende compte par elle-même. Une semaine déjà que le soleil nous enchante et que nous parcourons les routes de la baie dans notre Ford Mustang décapotable. La classe. Un peu la frime. Mais sans rire, on voit tout différemment quand on roule les cheveux au vent. C'est une amie française qui nous a hébergés les 4 premières nuits, à Mountain View. Un matin, j'ai essayé de taper l'incrust dans le bureau des patrons de Google, puisque c'était à quelques mètres de chez elle. On m'a très gentiment dit qu'on n'avait pas trace du rendez-vous que je m'étais inventé...
Les 4 nuits d'après, c'est chez un pote américain que nous avons dormi. A Heyward. Dans une pauvre maison de banlieue, posée dans une rue en arc de cercle. Je sais pas si vous avez remarqué, mais en général, dormir chez des amis va de paire avec un ralentissement de l'activité sexuelle. On n'ose pas trop. On ne connaît pas le lit -si ça se trouve il grince- on n'a pas envie de croiser le copain de la copine en sortant de la salle de bain, la main à l'air. Du coup, E. et moi, on a fait le service minimum.
Ce samedi matin, nous avons rejoint des amis français dans la Napa Valley, qui est aux Etats-Unis ce que le bordelais est à la France. Au programme, road movie au milieu des vignes et surtout, séjour culinaire... Nous déjeunons au Mustard Grill, un restau bord de route qui paye pas de mine. On pourrait presque le confondre avec un Restauroute. En revanche, niveau gastronomie, on s'explose. On se termine avec la spécialité maison, une tarte au citron recouverte de 20 bons centimètres de meringue fraîche et molle. Une véritable oeuvre d'art. E. a le bide qui va éclater. Pas encore...
Après une longue promenade digestive en voiture -c'est comme ça aux "States", on se promène en voiture-, et quelques emplettes, on attaque pour dîner un classieux restaurant qui ressemble à un vieux hangar de pompiers. Apéritif, plats gourmets, vins, cheesecake, c'est la fête du bec. La journée avait été magnifique. Le soleil avait généreusement allumé la vallée, donnant une couleur magique à ses étendues de vignes, ses petits villages chics et typiques, ses restaurants gourmets et ses épiceries de luxe, faisant briller ses limousines de futures mariées qui viennent là picoler pour enterrer leurs vies de jeunes filles.
Afin de rester dans l'ambiance, j'avais réservé une nuit au "Chablis Inn". Un chouette nom. Un vrai motel à l'américaine. Chambres au rez-de-chausée et à l'étage qui donnent sur le parking et sur la nationale. Mais charmant quand même. Piscine limite au milieu du parking. On s'en tape. De toutes façons, avec tout ce qu'on a mangé, si on se baigne, on coule. Il est minuit quand nous entrons dans la chambre, vannés, les estomacs en grève de la faim. Je m'ablutionne vite fait et m'affale dans le Queen size bed. Quelques minutes plus tard, E. me rejoint et me fait des bisous, des caresses. "Une semaine de disette, ça suffit !" elle dit Cosette. Alors nous jardinons et nous rendrons compte plus tard que cette nuit là, nous avons planté la petite graine...
Et en plus, j'ai les images... De la journée bande de vicieux...
JOUR 23 : PREMIER GYNECO
La gynéco n'a pas traîné. Rendez-vous le jour même. En fin de journée. On donnerait tout à une femme enceinte. Pas seulement sa place dans le bus. Un rendez-vous tardif par exemple. Je sens que les gens vont être de plus en plus sympas avec ma femme. Bon, moi aussi bien sûr, je vais être encore plus sympa que je ne le suis déjà.J'ai fini ma journée depuis longtemps quand E. rentre.
« Bon, ben, la gynéco, elle confirme, je suis bien enceinte ».
« Elle t'a fait une prise de sang ? », je demande naïvement.
« Ben non, pas besoin ». Ah ben ouais, je suis con aussi. C'est son métier. Bing, en un coup d'oeil et un tâtage de mamelle, elle sait. Elle a demandé la date des dernières règles et nous annonce une naissance pour fin janvier. Un poil avant, un chouille après. Voilà. « Un petit verseau, comme sa maman », sourit ma chérie.
« Ou capricorne, comme son papa » je réponds.
« Exact ».
Mais non, on ne se bat pas encore pour avoir la garde de l'enfant. On est content et on déconne.
« On l'a conçu à San Francisco », me dit E.
« Excellent, t'es sûre ? »
« Ben ouais, regarde », elle va chercher son agenda, pas numérique, et on décompte les petites semaines. San Francisco, c'était au début du mois. Nos vacances. Avec un peu d'efforts communs, on a même retrouvé la date exacte et le lieu de la conception.
JOUR 22 : LE TEST
J'ai complètement oublié cette histoire de test de grossesse. Après la grasse matinée dominicale, je file prendre un apéro chez mes voisins. Je leur ai promis une assistance en informatique. Ça doit prendre quelques minutes et c'est tant mieux, car j'aime envisager que le dimanche, je peux faire autre chose que frapper un clavier ou réinstaller un réseau qui ne marche pas, une imprimante qui a pété un plomb, un écran qui fait des caprices. La technologie fait partie de notre quotidien, certes, et avec elle son lot de problèmes. C'est incroyable le nombre de trucs qu'on peut brancher dans une multiprise. Et dire que les architectes font encore des plans de chambre comportant une seule prise électrique. Ils ont fait leurs études en 1920 ou quoi ? Débrouillard comme je suis, j'ai été désigné par mon voisinage, ma famille et mon entourage professionnel comme expert ès technologie. C'est pas ma faute, c'est juste qu'aucun équipement moderne n'a été prévu pour être utilisé par des manchots. Si au moins je facturais mes prestations. Mais non. Comme mes voisins ne savent pas faire la différence entre un câble de téléphone et un fil à couper le beurre, je reste chez eux bien plus que 10 minutes et suis récompensé par un apéritif tardif au champagne rosé. C'est agréable mais ça nourrit pas son homme...De retour à la maison, j'ai à peine fait deux mètres qu'E. m'entraîne dans la petite pièce qui jouxte l'entrée. Elle irradie. Ses yeux pétillent et moi, déjà que j'ai oublié que c'était la fête des mères, j'ai pas la moindre idée de ce qui m'attend. Si je m'écoutais je me dirais qu'elle s'apprête à me donner du plaisir.
« Tu te sens comment aujourd'hui ? », me demande-t-elle.
J'ai déjà compris. En un quart de seconde mon cerveau a reconnecté les neurones et je comprends pourquoi ses yeux brillent. Je lui laisse néammoins son plaisir, parce que j'ai été bien élevé et je raconte jamais la fin d'une blague qu'on est en train de me raconter.
« Bien, pourquoi ? »
Elle sourit de plus belle, les larmes aux yeux.
« Parce que tu vas être papa !! »
Je suis heureux. J'ai même pas à faire semblant. Je la prends dans mes bras, l'embrasse, la porte.
« Non ? C'est génial ! »
« T'es content ? Ça va ? »
« Bien sûr que je suis content »
Et j'enchaîne :
« Comment on va faire ? »
C'est comme ça. Faut toujours que je me mette à déconner. Parce que même si la vie est chienne, la vie est belle. Elle est courte. Profiter. S'amuser. Même autour de sujets sérieux.
« Comment on va faire quoi ? »
5 ans qu'on se pratique, E. n'est pas paniquée outre mesure, elle me connaît.
« Et on va le mettre où ?..... Et qu'est-ce qu'on va lui donner à manger ? »
« Et ben on va se débrouiller » me répond-elle amusée par ma réaction, même si un peu inquiète. Mais elle est tellement sur son nuage. Elle m'emmène dans la cuisine où elle a posé le test en évidence, avec les deux petits traits roses ou mauves et autour duquel elle a disposé trois roses provenant de notre terrasse. J'en ai les larmes aux yeux. Je profite. Certains moments sont tellement courts. Je fixe le test, contemple les roses. J'attrape finalement le test.
« Alors t'as pissé la dessus et hop, t'es enceinte ? »
« Exactement »
« Putain, c'est beau la technique »
« Et ça fait 2 heures que je t'attends pour te le dire, t'étais où ? », elle me dit sans aucun reproche dans le ton de sa voix.
« ça fait deux heures que tu m'attends ? Pourquoi tu m'as pas appelé, j'étais chez les voisins, mais c'était plus long que prévu »
« Je voulais juste te faire une surprise ».
Je l'adore. Elle à peine réveillée, moi à peine parti, elle a fait son test et m'a attendu deux heures, pendant que je réparais des ordinateurs.
Petit d'homme a de la chance d'avoir une future maman comme ça.
De mon côté, j'en reviens toujours pas. D'accord, c'était voulu. Prévu. On avait décidé que. Mais quand même. Si vite ? Alors comme ça, ma femme est fertile ? Et moi je peux avoir des enfants ? Avec toutes les histoires qu'on entend ? Avec tous nos copains qui galèrent et qui doivent subir des interventions, des traitements, des adoptions ? Et nous qui fumons comme des malades , Enfin, surtout elle.
« Putain, et la clope alors ? » je lui dis.
« ça y est, j'ai fumé ma dernière il y a deux heures ».
« Bravo ». C'était dit et enterré entre nous. Dès qu'elle est enceinte, plus de tabac, plus d'alcool. Déjà que j'ai mis du temps avant d'envisager le fait d'être papa, si je pouvais éviter d'avoir à m'occuper toute ma vie d'un trisomique, ça m'arrangerait.
C'est sans doute pas correct de dire ça, mais on le pense tous... non ?
JOUR 21 : L'ACHAT DU TEST
Déjà plus d'une semaine qu'E. est inquiète. Ou préoccupée. Pas de règles ? Mal aux seins. Des signes qui ne trompent pas. Mais il faut s'en assurer. Elle a acheté un test de grossesse à la pharmacie. De retour à la maison, on le sort de son emballage. C'est pas encore un enfant mais on prend tellement soin du contenu de la boîte qu'on sait déjà que c'est précieux. Elle lit le mode d'emploi.
« Il faut le faire le matin, ils disent, c'est plus sûr ».
Moi pas d'accord, je lui dis :
« Vas-y, fais le tout de suite, qu'on soit fixés ».
Mais non, ce sera demain.
Heureusement que j'ai une capacité à oublier équivalente à celle d'un poisson rouge.
Au bout de quelques secondes, j'ai déjà oublié qu'un petit d'homme va peut-être bouleverser nos vies. Et j'arrive à dormir.

